BIO

17 juin 2018

LLduo

 

En deux années, le pianiste Yves-Anthony Laur et le batteur Adrien Leconte ont bâti tout un univers. LLduo est le nom de cette formation qu’ils constituent à deux « depuis le jour où le bassiste n’est pas venu », qui pourrait être le titre d’un album. Ce jour où brusquement ils se sont retrouvés face à face pour jouer, l’évidence s’est imposée. Un chemin musical s’ouvrait.

 

LLduo

Dans ce premier album, Yves-Anthony Laur signe la plupart des compositions qu’ils développent ensemble. Et cette donnée est essentielle de leur entente pour improviser, qui soude l’extension musicale. « L’électricité, c’est ce qui a besoin de deux pôles et c’est ce courant qui passe entre nous ».

Les deux musiciens se sont rencontrés au Conservatoire Régional d’Aubervilliers (Paris). Le nom de groupe qu’ils ont choisi n’est pas anodin. Fabriqué à partir des initiales de leurs noms de famille respectifs, il sert l’esthétique d’une vision. Transposés sur la couverture du disque, les deux lettres capitales se transforment en barres, projetant un espace scénique, des déclinaisons sonores, et pour l’homophonie des L, ailes, qui les entraînent loin. « Ça sonne bien ». Et ça se voit. « Des fois, pour exprimer la musique on utilise des termes qui évoquent les couleurs, dit Adrien Leconte, on demande au batteur plus de rouge, de bleu, de noir. Cela peut sembler abstrait, mais selon la personne et ses références, ce sont des images plus précises que des mots techniques comme jouer plus fourni, plus fort, avec plus de doubles croches ». 

La création plastique est aussi un lien. Yves-Anthony Laur compose des peintures pour chaque titre, que l’on retrouve sur l’écran à l’écoute des morceaux ou sur la pochette : « c’est une passion qui a beaucoup de rapport avec la musique pour la lumière, comme dans un tableau ». Dès leur premier concert au festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés, le jury du Tremplin Jeunes Talents et le public ont été saisis par les paysages qui se déploient, les vagues répétitives qui emportent sur leur passage, et la transe intérieure qui vous gagne.

Dans l’album, les morceaux alternent entre composition et improvisation pure comme LL1, LL2, LL3, enregistrés en une prise et qu’ils cosignent. «  Éclaircie » et « Pinceaux pour 2 musiciens » font partie des étapes déterminantes de l’écriture d’Yves-Anthony Laur, qui revendique pour le deuxième titre un clin d’œil à Music for 18 Musicians de Steve Reich, pièce maîtresse de l’œuvre du compositeur et de la musique contemporaine. On y ressent la même pulsion fondamentale répétitive, où l’interaction est percussive, lyrique, aérienne. Autre référence et source d’inspiration, le suédois Esbjörn Svensson et son trio E.S.T. « Il est l’élégance au sens étymologique du terme ». Outre la délicatesse et la distinction, c’est le choix qui impressionne Laur, la détermination du processus de création dans la composition comme dans les concerts, la maturité et la réflexion pour savoir comment éveiller l’émotion.

Dans les concerts de LLduo, la construction en crescendo de certains morceaux emporte le public, qui vient souvent témoigner de son enthousiasme. Les deux musiciens savent faire ressentir leur travail sur scène. « Dans une formation comme celle-là où on est à deux, on ne peut pas se cacher, il y a une forme de mise à nu, on est en première ligne tout le temps », dit Leconte. La certitude, c’est qu’outre les mélodies tenaces, LLduo exprime un tempo puissant, généreux, qui s’étend tout en finesse.

Marion Paoli 

Journaliste